Crise en Espagne : la jurisprudence grecque

Explosion de la bulle immobilière, crise bancaire, chômage et récession, les nuages s’amoncellent sur l’Espagne. Une situation critique qui a contraint Madrid à demander l’aide de ces partenaires européens. L’avenir sombre du royaume inquiète les analystes qui craignent une contagion dans l UE.

Un plan de rigueur de plus à venir…

60 milliards pour venir en aide au secteur bancaire, le chef du gouvernement Mariano Rajoy peut se féliciter que les prévisions des analystes soient plus favorables que celles envisagées initialement, il n’empêche que l’Espagne fait face à un écueil de taille. D’ailleurs, ses concitoyens ne s’y trompent pas. Déjà éprouvés par deux années de rigueur, les Espagnols ont bien reçu le message : un nouveau plan d’austérité sera la contrepartie au prêt accordé à Madrid.
Rien de rassurant dans un pays qui cumule 5,7 millions de chômeurs, soit 24% de la population active. Un chiffre historique. Premiers concernés par les mesures à venir, les fonctionnaires. Comme en 2011, un gel de salaire a été décrété. En outre, des coupes radicales sont attendues dans des domaines aussi sensibles que la santé et l’éducation. De quoi faire grandir un peu plus la rogne des milliers de manifestants qui hurlent « voleurs » devant les portes de Bankia.

L’immobilier, clé de voûte en ruine

les déficits colossaux creusés par les régions, fortement autonomes, n’arrangent rien à l’affaire pour un pays dont la dette publique s’élève à 68,5% du PIB en 2011. Un pourcentage qui pourrait atteindre plus de 80% fin 2012. Lorsque l’on sait que la dette publique n’atteignait « que » 40,2% en 2008, l’ampleur de la chute donne le vertige.
Comment expliquer un tel désastre ? La prépondérance du secteur de l’immobilier et -par extension- du BTP sont les premières clés de compréhension d’un tel marasme. En effet, l’essor connu par l’Espagne au tournant des années 2000 reposait principalement sur la santé fleurissante du secteur immobilier.

Le cycle infernal !

Croissance et emploi étaient tirés vers le haut par cette locomotive qui a connu un brusque coup d’arrêt en 2008. Le retournement de la conjoncture et les erreurs de prévisions ont soudain mis un coup d’arrêt à cet âge d’or. En près de quatre ans, les prix de la pierre ont baissé de près de 25% et de nombreux chantiers ont été interrompus en plein travaux.
Dès lors, c’est la dégringolade : chômage en hausse constante, croissance en berne, rentrée fiscale nulle (ou presque), prêts bancaires à l’arrêt sans parler des défauts de paiements de particuliers, d’entreprises, voire d’institutions publiques ruinées. Les marchés prennent peur et les taux d’intérêts des prêts contractés par l’Espagne s’envolent, creusant un peu plus le déficit public.

Si la situation espagnole est particulièrement préoccupante, elle n’est en rien similaire au chaos pouvant régner en Grèce. En effet, l’économie espagnole offre des garanties supérieures et ses besoins de liquidités sont inférieurs. Surtout, la jurisprudence grecque oblige l’Europe à intervenir dans les plus brefs délais. Il en va de la santé de toute la zone euro et de la monnaie unique elle-même.